La mélatonine est une hormone naturellement sécrétée par l’organisme, surtout le soir et la nuit. Sa production augmente en fin de journée, peu avant le coucher, ce qui contribue à favoriser l’endormissement, puis elle est freinée par la lumière, en particulier lorsque le rythme veille-sommeil est perturbé. C’est donc bien une hormone impliquée dans l’horloge biologique, mais cela ne veut pas dire qu’elle règle à elle seule tous les troubles du sommeil.
Dans quels troubles du sommeil la mélatonine a-t-elle une vraie place ?
En France, la place de la mélatonine est encadrée. Un médicament à base de mélatonine à libération prolongée est autorisé chez l’adulte de plus de 55 ans pour le traitement de courte durée de l’insomnie primaire caractérisée par un sommeil de mauvaise qualité. Chez l’enfant et l’adolescent, son usage n’est pas banal : un médicament spécifique est autorisé dans certaines situations bien précises, notamment en cas de trouble du spectre de l’autisme ou de certains syndromes rares accompagnés d’importants troubles du sommeil.
La mélatonine peut aussi être utilisée contre le décalage horaire. L’Assurance Maladie indique qu’elle peut réduire les symptômes du jet lag, surtout après des vols franchissant cinq fuseaux horaires ou plus, en particulier vers l’est. Dans ce cadre, elle se prend au moment du coucher, à partir du jour d’arrivée, sur une période très courte de quatre à cinq jours maximum.
Les bienfaits réels : modestes, ciblés, pas universels
Le bénéfice attendu de la mélatonine n’est pas celui d’un somnifère “massif”. Son intérêt est surtout de favoriser l’endormissement ou d’aider à resynchroniser un rythme veille-sommeil perturbé. D’ailleurs, la HAS a rappelé à propos de Circadin que, malgré son indication dans l’insomnie primaire de l’adulte de plus de 55 ans, les données cliniques ne permettaient pas de lui reconnaître un avantage clinique démontré dans cette prise en charge. Cela résume assez bien le sujet : la mélatonine peut aider, mais ce n’est pas une réponse miracle à toutes les insomnies.
En pratique, lorsqu’un adulte dort mal, la prise en charge ne commence pas par la mélatonine. L’Assurance Maladie rappelle que, dans l’insomnie, il faut d’abord installer des règles d’hygiène du sommeil et, si besoin, recourir aux thérapies cognitivo-comportementales, qui sont privilégiées en première intention. La mélatonine n’a donc de sens que dans un cadre cohérent, pas comme réponse automatique à quelques mauvaises nuits.
Les bons conseils avant d’en prendre
Le premier conseil est simple : ne pas confondre mauvais rythme et vrai trouble du sommeil. Une exposition tardive à la lumière, notamment celle des écrans, freine la sécrétion naturelle de mélatonine et retarde l’endormissement. Dans bien des cas, réduire les écrans le soir, régulariser les horaires et retravailler l’environnement de sommeil est plus utile qu’une prise improvisée de mélatonine.
Le deuxième conseil est d’éviter l’usage prolongé en autonomie. L’Anses recommande de limiter la prise de mélatonine à un usage ponctuel, faute de données suffisantes sur ses effets à long terme dans les compléments alimentaires. Elle rappelle aussi qu’en France, les compléments alimentaires sont réglementairement limités à des apports de moins de 2 mg par jour, ce qui ne les rend pas anodins pour autant.
Le troisième conseil concerne le contexte de prise. En cas de traitement du jet lag, l’Assurance Maladie précise qu’il ne faut pas commencer avant le voyage et qu’il faut éviter l’alcool pendant la prise, celui-ci pouvant aggraver les effets du décalage horaire et atténuer l’action de la mélatonine. Plus largement, si une somnolence persiste en journée, il faut éviter les activités nécessitant une vigilance soutenue.
Les effets secondaires à connaître
La mélatonine n’est pas dénuée d’effets indésirables. L’Anses a recensé 90 signalements d’effets indésirables liés à des compléments alimentaires contenant de la mélatonine, avec notamment des céphalées, vertiges, somnolence, cauchemars, irritabilité, mais aussi des troubles digestifs comme les nausées, vomissements et douleurs abdominales. L’Assurance Maladie mentionne également des effets neuropsychiques, cutanés, digestifs et, plus rarement, des troubles du rythme cardiaque.
Les sources cliniques grand public, comme le NHS, ajoutent parmi les effets fréquents la fatigue diurne et les maux de tête. Là encore, ce n’est pas spectaculaire, mais c’est suffisant pour rappeler qu’un produit destiné au sommeil peut aussi gêner la vigilance du lendemain.
Qui doit être particulièrement prudent ?
L’Anses recommande d’éviter les compléments alimentaires contenant de la mélatonine chez les femmes enceintes ou allaitantes, les enfants, les adolescents, les personnes souffrant de maladies inflammatoires ou auto-immunes, ainsi que chez celles qui doivent exercer une activité nécessitant une vigilance soutenue. Elle demande aussi un avis médical chez les personnes épileptiques, asthmatiques, présentant des troubles de l’humeur, du comportement ou de la personnalité, ou suivant déjà un traitement médicamenteux.
Chez l’enfant et l’adolescent, le message est particulièrement net. L’Assurance Maladie déconseille l’usage libre de compléments à base de mélatonine et rappelle que les médicaments contenant cette hormone ne sont indiqués que dans des situations médicales précises. En dehors de ces cas, un adolescent qui dort mal ou un enfant qui s’endort difficilement doit d’abord être évalué sur ses habitudes, son rythme, son état de santé et l’éventuel retentissement dans la journée.
Ce qu’il faut retenir
La mélatonine peut avoir une utilité réelle, surtout pour certains troubles du rythme veille-sommeil et pour le jet lag, ainsi que dans quelques indications médicales bien définies. En revanche, elle ne remplace ni une bonne hygiène du sommeil, ni une consultation quand les troubles durent, s’aggravent, ou s’accompagnent de fatigue importante, d’anxiété ou de retentissement dans la journée. La bonne approche n’est donc pas de la considérer comme un réflexe automatique, mais comme un outil ponctuel, à utiliser avec discernement et, souvent, avec un avis médical ou pharmaceutique.

